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Excursion à Sefrou -1883/1884- Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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La route de fas à sefrou est sûre en ce moment: il n'est pas toujours ainsi. Les tribus des environs de fas sont tantôt obéissantes, tantôt en révolte: suivant ces 2 états, les chemins de sefrou sont tantôt sans danger, tantôt périlleux. A l'heure  qu'il est, on circule sans le moindre risque sur l'un  et l'autre.

Départ de Fas. Pendant la première portion du trajet, on traverse la partie orientale du saïs: plaine unie. Peu à peu, le pays change: fin du saïs; on entre dans une région légèrement accidentée; collines très basses, à pentes douces séparées par des vallées peu profondes; sol pierreux, parfois rocheux; terre rougeâtre, dont les eaux, courantes et limpides, sont bordées de lauriers roses.

On passe à hauteur d'un très grand village, El Bhalil: il porte, dit-on, ce nom car ses habitants prétendent descendre des Chrétiens. Quelle soit son origine, son état actuel est prospère; les maisons y sont bien construites et blanchies: autour s'étendent au loin de beaux et vastes vergers qui, avec ceux de Sefrou et du Zerhoun, forment cette riche ceinture qui entoure et nourrit fas. D'ici on voit les jardins de Sefrou, qui s'allongent à nos pieds (…)sombres; une pente douce y conduit: la ville(…) au milieu; mais, cachée dans la profondeur des grands arbres, nous ne l'apercevons qu'arrivés à ses portes.

On entre dans les jardins, jardins immenses et merveilleux, comme je n'en ai vu qu'au Maroc: grands bois touffus dont le feuillage épais répand sur la terre une ombre impénétrable et une fraîcheur délicieuse, ou toutes les branches sont chargées de fruits, ou le sol toujours vert ruisselle et sources innombrables. Chefchaouen, Taza, Sefrou, Fichtala, Beni Mellal, Demnat, autant de noms qui me rappellent  ces lieux charmants: tous également beaux, mais le plus célèbre est Sefrou.

En fin, on arrive à la ville: de grands murs blancs l'entourent, elle a l'aspect propre et gai.

C'est surtout en la  parcourant qu'on est frappé de l'air de prospérité qui y règne: on ne le  trouve en aucune autre ville du Maroc. Partout ailleurs on ne voit que traces décadence: ici tout est florissant, et annonce le progrès. Point de constructions abandonnées: tout est habité, tout est couvert de belles maison de plusieurs étages, à extérieur neuf et propre;  la plupart sont bâties en briques et blanchies. Sur les terrasses qui les surmontent, des vignes, plantées dans les cours, grimpent et viennent former des tonnelles.

Une petite rivière de 2 à 3 mètres de large et de 20 à 30 centimètres de profondeur, aux eaux claires, au courant très rapide, traverse la ville par le milieu: 3 ou 4 ponts permettent de la franchir.

Sefrou a environ  3000 habitants, dont 1000 israélites. Il y a 2 mosquées et  une zaouia, celle-ci  renferme de nombreux  religieux  appartenant aux descendants se Sidi  El Hassan El Ioussi. On  remarque aussi  beaucoup de turbans verts, insigne de derkaoua.

Sefrou  tire sa richesse  de plusieurs sources, se sont:

-1/  le commerce qu'elle fait avec les tribus des environs, Aît Ioussi, Beni Ouraîn, etc.; elle leur vend  les produits européens et prend en échange des peaux, et  surtout de grandes  quantités  de  laines: ces  dernières,   parmi lesquelles celles des  Beni Ouraîn sont  les  plus estimées, sont lavées et  nettoyées à Sefrou, ou ce travail occupe une grande partie de la population;  puis on les vend à Fas, parfois  même à Marseille.

-2/  le passage des caravanes du Tafilelt et  le commerce qu'elle fait avec Qçabi  Ech Cheurfa et le sud.

-3/  ses jardins: elle exporte à Fas une  multitude  énorme de fruits: olives, citrons, cerises, etc.; le raisin  est  si abondant qu'on en fait d'excellents vins à 10 franc/ hectolitre; les poutres et les planches qu'elle reçoit du Djebel Aît Ioussi et qu'elle expédie dans les villes du nord: elles sont toutes de bois de cèdre; chaque tronc donne, en  poutres, 4 ou 5 charges de  mulet: ces cèdres poussent sur le territoire d'Aît Ioussi. D'autre tribus voisines, telles que les Beni Mguild, en possèdent aussi de grandes  forêts, mais les exploitent peu.

La ville n'est sur le territoire d'aucune tribu; elle a un qauîd spécial et dépend de la province de Fas: c'est ici que finit cette dernière; au point ou s'arrêtent, vers le sud, les jardins  de Sefrou, commence le territoire des Aît Ioussi.

Au retour, par le même chemin qu'à l'aller. Aujourd'hui comme hier,  on rencontre beaucoup de passants sur: âniers et chameliers conduisant des convois de fruits et de planches, voyageurs  isolés allant à Sefrou, caravanes partant pour le Sahara. Personne n'est armé: les femmes ne se voilent pas.

Source :
"Reconnaissance au Maroc",1888

 
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