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Après un peu moins de 40 années d’absence, je revins enfin sur mes pas avec quelques souvenirs restés gravés dans ma mémoire.
En réalité, j’étais revenu plusieurs fois dans les 10 ans qui avaient suivi mon départ de la Municipalité et jusqu’en 1974, Sefrou conservait ce caractère d’oasis agréable, se développant un peu anarchiquement, mais l’on pouvait espérer, à cette époque, que le nouveau Pacha reprendrait en main l’organisation structurée de la ville.
J’attendais donc avec impatience et un peu d’appréhension de voir le spectacle que me donnerait cette arrivée au droit du panneau indiquant Bhalil.
J’eus à peine le temps de le repérer que je reçus « en pleine figure » le spectacle de petites maisons disposées selon un ordonnancement qui me parut aléatoire.
Ma première réflexion fut de me dire « mais quelle est donc ce village que je n’avais pas conservé en mémoire, situé entre Bhalil et Sefrou. Puis, approchant assez rapidement, je me retrouvai à l’entrée d’une ville qui ne pouvait être que Sefrou, mais que déjà je ne reconnaissais plus.
Passant devant la Fresnaie, cette auberge – restaurant tenue autrefois par un français, je me dis que nous devrions atteindre en quelques instants la pépinière. Arrivés à Bab Mekam, je demandai où était passé l’ancien café « maure » qui faisait partie de l’image de la place et lui donnait un caractère convivial certain.
La première direction que nous prîmes fut celle de la cascade. Je découvris que j’avais oublié l’existence de l’hôtel des cascades, rebaptisé le café des cascades.
Je reçus un vrai choc, car je ne m’attendais pas à ce que l’aménagement fût aussi réussi, pour le grand honneur de mes successeurs, car je n’avais pas laissé la cascade dans le meilleur état lors que je quittai Sefrou.
L’impression générale m’a laissé un sentiment d’une certaine tristesse, d’amertume.
Naturellement, il est classique que lorsque l’on revient dans un endroit que l’on a aimé, les souvenirs que l’on garde en tête ne correspondent plus à la réalité. Cependant, au cas présent, il me semble que cette réalité aurait pu être « meilleure » si les autorités locales, qui ne peuvent pas être ignorantes des conséquences sociales, économiques et environnementales de leur politique urbanistique.
En effet, presque tout est connu maintenant dans le monde du développement urbain. Suffisamment d’erreurs ont été commises ailleurs et elles ont également été largement diffusées, commentées, critiquées par les uns et les autres pour que l’on évite de les reproduire.
Ceux qui sont en charge, au Maroc, de la gestion publique, connaissent parfaitement ces choses, car ils disposent d’une éducation, d’une formation et d’un réseau d’information qui leur permettraient de faire mieux tout en faisant face aux problèmes immédiats. L’urgence, quelquefois supposée, ne justifie pas les erreurs dues à la précipitation. D’autres éléments d’appréciations pourraient aussi être avancés, mais il n’appartient pas à un étranger, même amoureux de Sefrou et plus largement du Maroc d’intervenir « publiquement » de loin dans des débats politiques.
Ces considérations me rappellent la discussion que j’avais eue en mai 1967 avec le Pacha de Marrakech à propos du traitement environnemental des déchets urbains.
Ce dernier, qui m’avait aimablement reçu dans son bureau, sur recommandation du super –caïd de Sefrou, avait pris la peine de discuter avec moi de sujets liés à la politique urbaine pendant près d’une heure. Je me souviens en particulier lui avoir fait part de mes soucis concernant le traitement des ordures ménagères, lui faisant remarquer que, notamment dans ce domaine, de nombreuses erreurs avaient été commises en France et que peut-être les villes marocaines, dont, encore une fois, de nombreuses édiles avaient une bonne connaissance, sinon pour certains, une parfaite connaissance du contexte français, au moins pour avoir suivi des études supérieures, avoir aussi exercé en France, pourraient s’inspirer des expériences ratées et réussies pour les appliquer à leur propre politique urbaine.
Le plus souvent, l’objection avancée est le manque d’argent. Ceci est souvent erroné, même si bien sûr pour toute politique, de quelque nature que ce soit, il faut de l’argent. Mais faut-il toujours autant d’argent que ce que l’on prétend, l’argent nécessaire ne peut-il pas être, sinon en totalité au moins pour une large part trouvé dans les économies réalisée en ne poursuivant pas une politique erronées. Oui, bien sûr, il s’agit là d’un problème de choix politique.
Souvent, je me demande pourquoi il faut reproduire les erreurs des autres. Certes, il faut soi-même faire ses propres erreurs afin d’apprendre, mais il est tout de même possible de limiter ces erreurs en tenant compte de l’expérience des autres et surtout de rectifier les erreurs commises avant qu’elles n’aient de réelles conséquences néfastes, en analysant justement, les erreurs commises dans d’autres expériences.
Discutant avec quelques-uns, il apparaît bien que des solutions mieux réfléchies soient possibles, tout en prenant en considération les besoins de la population en logements et équipements, toujours croissants et tout en garantissant une bonne tenue des finances publiques.
Enfin, qu’est devenue la Médina qui était si charmante, si authentique, animée, diversifiée dans ses activités et ses habitants ? Que sont devenues les petites échoppes de toutes sortes, le marchand de goudron au détail qui certes ne peut plus constituer une activité économique viable de nos jours, mais qu’est devenu le petit restaurant ou plutôt la petite gargote bien sympathique où j’allais parfois manger quelques brochettes et piments grillés, située juste à l’entrée de Bab Mraba, à droite de ce petit boucher, lui aussi disparu ? Bien sûr, ce dernier ne satisfaisait pas aux conditions sanitaires minimales requises ! Devait-il pour autant disparaître sans autre forme de « procès » ? Que fait-on des possibilités d’améliorations techniques ? Ne s’est on pas retranché un peu trop rapidement derrière un modernisme mal compris ?
Que voit-on maintenant ? A la place du mardi qui se tenait le jeudi sur la place devant Bab Mraba, une aire bétonnée a été étalée. Que devient donc l’âme de cette ville sous une telle politique urbanistique qui oublie que le respect de l’environnement se maintient d’autant plus facilement, avec d’autant moins d’argent qu’il est pris en considération à l’origine et non après que des erreurs évitables aient été commises. Dira-t-on qu’il est facile de critiquer après coup ? Sans aucun doute et cela est vrai, si ce n’est qu’un peu de réflexion permet d’éviter des erreurs grossières, laissant alors un peu d’énergie pour réparer celle qu’il n’était, a priori, pas possible d’éviter car bien sûr, on ne peut pas tout savoir d’avance !
Tristes abords que cette place maintenant. Une fois pénétré dans la ville, le visiteur découvre une sorte de souk aux fripes, sans intérêts, même pas économique à moyen et long terme, seul sans doute les commanditaires de ces activités répétées tout au long des ruelles de la ville en tirent-ils un profit immédiat.
Etait-il inéluctable que cette ville, ses boutiques, ses lieux de rencontres, et même certaines petites mosquées de quartier, doivent disparaître ? Cette ville, ancienne et historique si l’on en croit ce que certains disent sur la création de Sefrou à l’époque de Moulay Idriss I, mérite mieux que cela. Heureusement, il reste la fête des cerises qui perpétue une tradition, mais je crains qu’il n’y ait plus beaucoup de cerises à proposer à l’occasion de cette fête. Elle pourrait bien servir de point d’ancrage d’un renouveau de la ville pour peu que des bonnes volontés s’y attachent et réussissent à convaincre, même si cela paraît une tâche difficile, voire impossible, mais encore faut-il s’en assurer par l’action.
Pour ceux qui ne le savent pas encore, SEFROU a été longuement présentée deux fois à la télévision dans le monde entier ‘par l’intermédiaire des chaînes allemande et française Arte et TV5). |