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L’esprit de tolérance et d’ouverture au Maroc pendant la guerre des 6 jours - 1975 - Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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Écrit par Robert Bohm   
L’esprit de tolérance et d’ouverture au Maroc pendant la guerre des 6 jours
Ou sa permanence dans le temps et l’espace

Depuis que j’ai fait mes premiers pas au Maroc et séjourné 18mois à Sefrou, être allé deux fois, voire trois fois dans une même année au Maroc et presque à chaque fois à Sefrou jusqu’en 1982, ensuite je n’ai pas pu y revenir aussi souvent, j’ai d’emblée apprécié l’esprit des marocains et des Sefriouis en particulier pour leur accueil chaleureux, pour leur esprit d’ouverture, pour leur capacité de discernement.

Parmi les souvenirs qui me reviennent en ce moment, le déclenchement de la guerre des 6 jours me revient en mémoire[1] en cette période de pilonnage du Liban par l’armée israélienne, que ce soit par air, par mer ou par voie terrestre.

Début juin (je crois que c’était le 1er juin), l’armée israélienne a déclenché cette guerre contre l’Égypte. Gamal Abd En-Nasser en était le président et jouissait d’une certaine aura auprès des populations des pays arabes pour avoir tenu tête aux puissances occidentales, en cela soutenu pour cause de « guerre froide » par l’Union Soviétique (mais ceci est une autre histoire qui ne fait pas partie de mon propos.

Les tous premiers jours, certains faisaient preuve d’un optimisme débordant, croyant sans se poser de questions les affirmations faites par certaines radios. Le 4 juin, l’armée égyptienne était supposée être aux portes de Tel Aviv ! Le 6, c’est l’armée israélienne qui se trouvait aux portes du Caire ! Déception chez les quelques-uns qui y avait cru !

Pendant ces 6 jours et les quelques semaines suivantes, un certain flottement eu lieu.

La position officielle marocaine était que les concitoyens juifs ne devaient pas faire l’objet d’ostracisme de la part de leurs compatriotes musulmans. Ce dont je me souviens, c’est aussi que les militaires juifs des Forces Armées Royales étaient dispensés de faire partie des contingents « envoyés » en renfort des troupes égyptiennes.

Une rumeur entretenue par un petit nombre faisait état de connivence, sinon plus, avec Israël. A Sefrou, un membre de la communauté juive avait été soupçonné d’avoir rejoint Israël ou du moins certains groupes liés aux services de renseignements israéliens. De fait, on ne l’a pas vu à Sefrou pendant plusieurs semaines, puis sil est revenu aussi subitement qu’il avait disparu , sans aucune explication connue de la population.

Une autre rumeur courrait également en Europe, propagée par l’Agence juive, essayant de faire croire que de nombreux juifs étaient massacrés au Maroc. Concernant cette rumeur, trois meurtres, dont sans doute deux l’ont été accidentellement, ont été perpétré. Le troisième s’est produit à Meknès. Il s’agissait d’un différent entre un policier musulman et un employé juif à propos d’une affaire d’adultère, disait-on à l’époque. 

En aucun cas, il n’a été démontré que les deux autres décès étaient liés aux événement du Proche-Orient et encore moins à des actions antisémites[2].

Concernant Sefrou, l’appel qui avait été fait pour un boycott des commerçants juifs n’a pas été réellement suivi. Même la station service de celui-ci que la rumeur voulait désigner comme un « traître » inféodé à l’ »Agence Juive »  continuait à être normalement fréquentée, bien qu’il y eut d’autres stations services à Sefrou tenues par des musulmans.

Ce que l’on a constaté, c’est que beaucoup de gens hésitaient à se montrer dans la journée chez les commerçants juifs, ne sachant sans doute pas ce qui pouvait se passer, car il était difficile pour eux d’apprécier réellement ce qu’ils risquaient.

Le soir, en revanche, il y avait la queue dans l’arrière cour de ces commerçants, en particulier de celui qui se tenait en face de la poste . Dans la journée, je faisais les courses pour certains de mes amis qui m’avaient demandé de faire des achats pour eux. Cela ne dura qu’à peine une semaine, puis tout revint dans l’ordre, même pour l’un de mes collègues qui pendant 5 jours avait vitupéré contre les Israéliens et s’en prenant verbalement à quelques juifs de Sefrou, mais oubliant tout ceci une fois les actions de guerre terminées et ayant même présenté des excuses à une collègue pour l’avoir insulté!

Quelqu’aient été les sympathies des uns et des autres en fonction de leurs affinités culturelles et religieuses, ils n’en restaient pas moins tous marocains et d’ailleurs, cela était encouragé par le Palais Royal. Cette attitude du Roi Hassan II, reprise par le Premier Ministre a été constante et je trouve remarquable cet appel[3] à tous les marocains de confession juive de se rendre dans n’importe quelle ambassade marocaine de par le monde afin de se faire établir un passeport marocain sans contrainte si par hasard ils avaient perdu ou égaré le leur.

Parmi les marques d’ouverture de l’esprit « sefrioui », j’ai aussi en mémoire le fait que deux marocains qui s’est sérieusement battus dans la rue avaient fait appel à moi pour jouer le rôle de médiateur et j’en ai d’abord été surpris et ensuite très honoré pour cette confiance que l’on me faisait. J’ai eu l’occasion de relaté ce fait dans ma contribution au colloque tenu en début d’année.

La dernière expérience en date que j’ai eu à partagé se situe à l’occasion de ma dernière visite à Sefrou en novembre 2004, pendant le mois de ramadan. Attendant mon ami qui se faisait couper les cheveux chez son coiffeur préféré, celui-ci appela son voisin, cafetier, pour qu’il me serve un café et quelques biscuits pour tromper mon attente[4]. J’ai profondément apprécié ce geste spontané où l’accueil de l’étranger non musulman resté vif pendant cette période !

Tout ceci met bien en lumière cette capacité des marocains à conserver, même si cela n’est pas toujours évident, un esprit d’ouverture, de compréhension, d’analyse à apprécier les diverses situations, à porter des critiques souvent raisonnées et aussi à en recevoir et à les discuter.

Voilà l’esprit de tolérance tel que je l’ai rencontré à Sefrou, tel que je le ressens encore par mes contacts permanents avec mes amis et mes relations marocains.

N’y a-t-il rien de plus beau que de pouvoir échanger, même dans la passion qui semble parfois se mouvoir en agressivité passagère, alors qu’il ne s’agit que de conviction que l’on peut améliorer justement grâce à un dialogue qui laisse intacts les sentiments d’amitiés !


[1] Comme je n’ai pas pris de note à l’époque, il s’agit là bien de souvenirs avec les erreurs et imprécisions qui peuvent être commises

[2] « antisémite » dans le sens habituellement compris en Europe veut dire « antijuif », comme chacun le sait, alors que certains contestent l’association de ce terme uniquement aux juifs.

[3] C’était je crois en 1975

[4] il va de soi que je n ‘avais pas demandé que l’on me servât une boisson et cela montre bien selon moi, cet esprit d’ouverture dont l’on parle régulièrement sur le forum et ailleurs marquant ainsi le respect de celui qui n’a pas nécessairement les mêmes références.

 
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