Témoignages
Sefrou - 1931 - | Sefrou - 1931 - |
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A 27 km de Fez (S,O.). Avant l'ère musulmane, Habbouna (aujourd'hui) Sefrou était habitée par les Ahel Sefrou judaïsants qui bon gré furent convertis au culte musulman, par Moulay Idriss. Cette colonie juive musulmane s'augmenta, vers le XIIIe siècle, de celles de Tafilalt et de Debdou installées dans le mellah actuel. Durant de longs siècle, Sefrou fut en but aux incursions continuelles des berbères. Notre occupation date de 1912. Sefrou et la Kalâa, deux grands oiseaux blancs, posés dans un nid de verdure; de coins de Saint-Cloud dans la lumière d'Afrique; une oasis dans un cadre étroit de montagnes de neige et de rocs dénudes. On connaît de Sefrou ses souks, son mellah, ses ruelles, ses cascades, ses moulins, le lavoir des juifs où les notes rouges des fichus de femmes, les jaunes éclatants des bassines de cuivre, les groupes de laveuses au travail dans l'eau, dans le plein soleil, se détachent brutalement sur un fond de mur lépreux, écaillé par le temps. C'est, plus loin, le paysage romantique du pont de bois sous lequel l'eau s'effondre, tapageuse entre les roches noires. Les initiés vont jusqu'à ses pressoirs où le jour n'entre qu'à regret, dévoré par les murs noirs de suite, où l'œil dans la pénombre, perçoit brusquement la meute de Samson et le levier de Titan que discipline une vis à bois géante. Ses fondouks s'emplissent aux jours de souk, l'ânes, de mulets, de chevaux, serrés, parqués dans tous les sens, tandis que les berbères, au parler rude, aux visages mal équarris, plus brûlés et plus fouillés de rides qu'un masque de paysan de France, déambulent au marché, devant les cages étroites des boutiques où il n'y a place que pour le marchand, juif ou musulman, éternellement assis au centre d'un entassement d'étoffes ou d'épices. Rarement on s'aventure dans quelques vaste cours sur lesquelles prennent jour les ateliers de tisserands, tableaux de petit maître Hollandais qui aurait porté sa palette en pays d'Islam, pour y croquer le vieux métier de bois poli par les ans, les blancheurs des burnous et des haïks tendus sur les harpes de trame, les bambins qui, par terre tournent des rouets primitifs et préparent les navettes tandis que poules et chats vont et viennent, ajoutant encore de l'intimité au ronronnement de l'atelier au travail. Mais le visiteur pressé ne jette qu'un coup d'œil aux vieux remparts crénelés, rouges et bruns qui enjambent l'Oued sur un fond de verdure dans l'échappée d'une coulée de maisons blanches et il revient à son auto sur la place de Bab-el-Mekkam, affectionnée des juives aux amples jupons blancs, aux foulards de soies chatoyantes, aux longs châles laineux d'Europée qui ont lamentablement, remplacé les riches tissus des Indes et il part, ignorant la beauté des jardins de Sefrou. Il faut s'y promener longuement, au hasard des chemins creux au long desquels chante l'eau courante des séguïas. Dans la caresse du soleil de mars, les saules dénouent leur chevelure blonde, les cerisiers épanouissant leurs branches en fleurs de neige, les oliviers avivent leurs feuillages argentés, les figuiers déploient des verts veloutés, les aloès, les cactus d'un bleu laiteux dressent rudement leurs silhouettes d'apocalypse, les micocouliers, les frênes s'élancent en claire futaie, les vignes aux troncs séculaires serpentent sataniques jusqu'aux cimes. Dans les clairières, les blés et les orges paissants s'étalent en larges nappes vertes arasées comme les hautes laines d'immenses tapis berbères. Au flane de terrasses ombragées, une Villa Nouvelle commence à naître, cité jardin, elle répètera auprès de la Ville indigène le contraste qui fait le charme de ce coin du Maroc; un chant de France sur des harmonies d'Islam. Sefrou, située à une attitude de 850m. est peuplée de 4.894 musulmans, 3444 israëlites et de 149 européens. Il n'existe pas d'industrie notable à Sefrou. Au point de vue commerce, la ville de Sefrou constitue un centre important à la limite de la région montagneuse. Les transactions entre les tribus berbères Aït Youssi, Beni Alaham, Marmoucha, Aït Tserouchen et les commerçants locaux ou de Fès y sont nombreuses et suivies. Le jour du marché est le jeudi; il est toujours très fréquenté. Mais il n'est pas rare de voir des vendeurs venir en nombre les mercredi et vendredi. Les principaux produits amenés sont: le charbon de bois, les bois de construction (cèdres), la laine, les céréales, le bétail, le sel gemme, etc... Il faut noter aussi le takaout, les dattes et l'antimoine venant de la Haute-Moulouya ou du Tafilalet mais qui ne font, en général, que transiter sur Fès. Excursions: Les Gorges de l'Oued Aggaï, cascades et torrents dans un site unique. A 5 km. au N.-O., Bahalil, jolie bourgade berbère, en fouie dans les jardins, ses habitants nient toute origine berbère ou arabe et prétendent descendre des chrétiens. Les gorges du Sebou où se trouve, peut-être, le tombeau du prophète Daniel. Daïet Achlef, aux grands étangs, eaux profonds et claires, dominé au sud par le mont Lalla Mimouna, Immouzer, Annosseur, Almis, etc...
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