Témoignages
Témoignage de la visite de Colette à Sefrou - années 20 - | Témoignage de la visite de Colette à Sefrou - années 20 - |
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Colette est très connue pour sa sensualité et ses écrits d’une féminité et d’une sensibilité à nulle autre pareille. Qu’elle ne fût ma surprise lorsque j’ai découvert ses « Notes Marocaines » qui retracent son voyage au Maroc dans les années vingt du siècle précédent ! Ma surprise fût encore plus grande de lire sa description de Sefrou en ces années là ! Cet ouvrage a été édité en Suisse en novembre 1958 sous les presses d’Albert Kundig à Genève en 4000 exemplaires. Le texte est d’autant plus séduisant qu’il comprend des aquarelles et dessins du célèbre Raoul Dufy !
Sans trop tarder je vous livre le texte que j’ai du reproduire car je n’ai pu retrouver un exemplaire électronique de ce texte. Je lance ici un appel à toute personne qui en retrouverait, de bien vouloir me contacter ou me l’envoyer (Ce sont les éditions Rencontre). « Sefrou Le paradis terrestre, à peu près tel que nous l’imaginons, si nous l’imaginons oriental et peuplé, et restreint. Sefrou est une flaque de terre fertile, juteuse, toute frémissante du rire de l’eau. La grenaderaie flambe, la cerise enfle, le figuier sent le lait, l’herbe livre son suc dès qu’on la froisse. La rose du Bengale maîtrise la vigne, un vent joueur blanchit les enclos en montrant l’envers à la fois de toutes les feuilles. Un lieu si doux fait l’homme aimable : les garçons sont beaux, les jeunes juives lisses étincelantes d’yeux et de dents, et l’eau bondit sous les ponts entre les rochers et des terrasses à blé où le grain, pelleté par des enfants, coule comme une grève blonde. Un pacha rustique règne sur ce petit Eden de quatre vingt hectares. Il grisonne, il a le nez belliqueux entre des yeux doux. Fidèle, il s’est bien battu, aimant autant le fusil que le couteau à greffer. Encore un qui veut réduire Abd-el-Krim à ses dimensions exactes : qu’on lui confie deux milles cavaliers, et l’affaire est réglée… Sa maison est froide, nette, simple sauf les lits de parade, et lorsqu’il nous conduit par les rues, tous lui baisent l’épaule. La roseraie qui enchante la place ne lui appartient pas, mais il force un peu la serrure comme un archange maraudeur, et nous cueillir des roses. Nous partons, dans le bruit des sources qui tombe des pentes, passent sous la route, reparaissent, emplissent un vert bassin, retraversent la route sur nos têtes dans un tronc creux qui laisse pendre des fils d’eau tremblante, abreuvent chaque layon de vigne, chaque sillon d’orge. Terre heureuse, où les enfants gras roulent, où les gros serpents, ronds eux-mêmes, ceignent mollement le pied des oliviers ! » Texte reproduit in extenso par El Amrani Abdelhaq |
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