Témoignages
Un comportement à comprendre à Sefrou - 1967 - | Un comportement à comprendre à Sefrou - 1967 - |
|
|
|
| 20-08-2004 | |
|
Le contrat verbal: dans le même ordre d'idée , il m'est arrivé une péripétie au début de mon activité en tant qu'Ingénieur Municipal. Je devais faire réaliser des travaux d'assainissement avec l'une des grandes entreprises de travaux publics de la ville, connue pour sa compétence.
Je me lançai donc dans une phase de négociation directement avec cette entreprise qui avait été présélectionnée avant mon arrivée, et il ne semblait pas question de mise en concurrence! De quoi s'agissait-il en réalité? Eh bien, l'entrepreneur en question ne souhaitait pas de contrat écrit, en bonne et due forme tel que cela se faisait habituellement, non seulement en Europe, mais aussi au Maroc, bien évidemment. Après avoir hésité longuement et consulté mes collaborateurs et amis marocains, je finis par accéder à sa demande. Il s'agissait d'établir des relations de travail sur la base d'une confiance entre personnes ne se connaissant pas. J'étais bien ennuyé, d'autant plus que je percevais une sorte de chantage, peut-être à tort , dans les propos de mon interlocuteur. En effet, parmi mes argument avancés, il y avait celui de l'interprétation toujours possible d'un texte écrit, alors que dans le cas d'accords verbaux, il était plus difficile d'interpréter, mais il était aussi plus facile de ne plus se souvenir de ce que l'on avait convenu dans le détail. Bien évidemment, cela pouvait permettre à ceux qui auraient été de mauvaise foi, de tourner des difficultés rencontrées à l'avantage de ce dernier. Finalement; je finis par parier sur la bonne foi de mon interlocuteur, me disant qu'effectivement, dans le cas particulier des travaux à entreprendre, ceux-ci étaient simples et ne nécessitaient pas de définir de nombreux détails. Ce fut la première fois que je pris ce risque qui n'était pas nul, même si peu important. En réalité, je crois que là aussi, il s'agissait pour l'entrepreneur qui était honorablement connu non seulement à Sefrou, mais dans la région, de ne pas perdre la face. J'en pris conscience quelques semaines plus tard, m'étant aperçu qu'il avait des difficultés à lire le français, nous aurions pu passer un contrat en arabe avec l'aide de mon traducteur, mais cela n'avait été évoqué à aucun moment. Au bout du compte, je n'eus pas à regretter cet accord peu habituel et me dis qu'effectivement, dans certaines circonstances et avec certains interlocuteurs, il était possible, voire préférable de conclure des accords sur la base de la parole donnée. J'eus l'occasion de renouveler ce type d'expérience par la suite avec d'autres et dans d'autres pays. Cette première expérience avec un marocain de plus de cinquante ans, que je ne connaissais pas, me permit de connaître ce que pouvait être la notion d'honneur dans le respect de chacun. Toutes ces péripéties m'ont ouvert les yeux sur le comportement humains. J'ai cru comprendre que dans la société marocaine, il n'était pas bon d'exposer ses propres faiblesses, vraies ou supposées telles. Il s'agissait là, comme dans tous les pays orientaux , et cela est bien connu en Europe pour ce qui concerne l'Asie orientale (Chine, Japon en particulier), de ne pas "perdre la face". J'ai cru aussi comprendre qu'en ce qui concerne les marocains, il s'agissait aussi de vouloir rendre service à tout prix, même au prix de "perdre la face" si l'affaire ne trouvait pas l'issue positive escomptée. Donc premier réflexe, aider l'interlocuteur et faire tout pour trouver une solution à son problème. Puis, si les perspectives d'aboutir disparaissaient, "oublier " le problème, en espérant que celui à qui l'on avait promis l'aide "oublierait" également de son côté. Je crois qu'au départ il s'agit de rien d'autre que de bonnes intentions d'aider, de rendre service. Et puis, parfois, il arrive que l'interlocuteur a présumé de ses forces, de ses capacités et alors deux hypothèses possibles : soit l'interlocuteur prévient qu'il ne pourra pas respecter son engagement, soit il persiste, laissant croire qu'une solution est en vue. Malheureusement, dans ce dernier cas, si la solution n'est pas trouvée, la perte de face peut être grande, sauf bien sûr lorsque aucun témoin de l'affaire n'est présent et si le bénéficiaire de la promesse convient que tout le possible a été fait et que, comme l'on dit en France quelquefois : " à l'impossible, nul n'est tenu" et l'affaire s'arrête là sans dommage pour aucune des parties. Ce que je retiens, c'est cette volonté première de vouloir aider, en second il y a également cette volonté de montrer que l'on est "fort", que l'on peut faire mieux que tout autre, que rien ne peut nous arrêter! Je finis par subir cette influence et il m'est arrivé assez fréquemment d'affirmer que je pouvais trouver solution à tel ou tel problème qui m'était posé en toute confiance. Je pus donc juger par moi-même des limites de cette attitude. Je pus également constater que ce type de comportement pouvait inciter à se dépasser, à puiser au fond de ses propres ressources quel qu'en soit le prix – ou presque – de manière à trouver la solution et ne pas perdre la face. Mes multiples facettes culturelles, façonnées au fur et à mesure de mes contacts divers à travers le monde avec des populations dont les coutumes culturelles, cultuelles, alimentaires, sociales et autres…m'ont sans doute conduit à reconnaître suffisamment tôt où se trouvait la limite pour ne pas perdre la face tout en reconnaissant que l'on avait atteint ses propres limites et donc que la solution proposée ne pouvait malheureusement pas être trouvée et qu'il fallait renoncer à espérer sans fin et sans espoir. Je considère avoir trouvé un assez bon compromis culturel en m'adaptant plus ou moins et en intégrant plus ou moins différents aspects des cultures que je suis amené à rencontrer en tentant de les rapprocher autant que faire se peut, sans pour autant les dénaturer. Rien, en définitive, ne vaut la connaissance des ses voisins, leur pratique sans arrière-pensées. C'est certainement le meilleur moyen, sinon le seul, de respecter les différences. Le contrat verbal: dans le même ordre d'idée , il m'est arrivé une péripétie au début de mon activité en tant qu'Ingénieur Municipal. Je devais faire réaliser des travaux d'assainissement avec l'une des grandes entreprises de travaux publics de la ville, connue pour sa compétence. Je me lançai donc dans une phase de négociation directement avec cette entreprise qui avait été présélectionnée avant mon arrivée, et il ne semblait pas question de mise en concurrence! De quoi s'agissait-il en réalité? Eh bien, l'entrepreneur en question ne souhaitait pas de contrat écrit, en bonne et due forme tel que cela se faisait habituellement, non seulement en Europe, mais aussi au Maroc, bien évidemment. Après avoir hésité longuement et consulté mes collaborateurs et amis marocains, je finis par accéder à sa demande. Il s'agissait d'établir des relations de travail sur la base d'une confiance entre personnes ne se connaissant pas. J'étais bien ennuyé, d'autant plus que je percevais une sorte de chantage, peut-être à tort , dans les propos de mon interlocuteur. En effet, parmi mes argument avancés, il y avait celui de l'interprétation toujours possible d'un texte écrit, alors que dans le cas d'accords verbaux, il était plus difficile d'interpréter, mais il était aussi plus facile de ne plus se souvenir de ce que l'on avait convenu dans le détail. Bien évidemment, cela pouvait permettre à ceux qui auraient été de mauvaise foi, de tourner des difficultés rencontrées à l'avantage de ce dernier. Finalement; je finis par parier sur la bonne foi de mon interlocuteur, me disant qu'effectivement, dans le cas particulier des travaux à entreprendre, ceux-ci étaient simples et ne nécessitaient pas de définir de nombreux détails. Ce fut la première fois que je pris ce risque qui n'était pas nul, même si peu important. En réalité, je crois que là aussi, il s'agissait pour l'entrepreneur qui était honorablement connu non seulement à Sefrou, mais dans la région, de ne pas perdre la face. J'en pris conscience quelques semaines plus tard, m'étant aperçu qu'il avait des difficultés à lire le français, nous aurions pu passer un contrat en arabe avec l'aide de mon traducteur, mais cela n'avait été évoqué à aucun moment. Au bout du compte, je n'eus pas à regretter cet accord peu habituel et me dis qu'effectivement, dans certaines circonstances et avec certains interlocuteurs, il était possible, voire préférable de conclure des accords sur la base de la parole donnée. J'eus l'occasion de renouveler ce type d'expérience par la suite avec d'autres et dans d'autres pays. Cette première expérience avec un marocain de plus de cinquante ans, que je ne connaissais pas, me permit de connaître ce que pouvait être la notion d'honneur dans le respect de chacun. Toutes ces péripéties m'ont ouvert les yeux sur le comportement humains. J'ai cru comprendre que dans la société marocaine, il n'était pas bon d'exposer ses propres faiblesses, vraies ou supposées telles. Il s'agissait là, comme dans tous les pays orientaux , et cela est bien connu en Europe pour ce qui concerne l'Asie orientale (Chine, Japon en particulier), de ne pas "perdre la face". J'ai cru aussi comprendre qu'en ce qui concerne les marocains, il s'agissait aussi de vouloir rendre service à tout prix, même au prix de "perdre la face" si l'affaire ne trouvait pas l'issue positive escomptée. Donc premier réflexe, aider l'interlocuteur et faire tout pour trouver une solution à son problème. Puis, si les perspectives d'aboutir disparaissaient, "oublier " le problème, en espérant que celui à qui l'on avait promis l'aide "oublierait" également de son côté. Je crois qu'au départ il s'agit de rien d'autre que de bonnes intentions d'aider, de rendre service. Et puis, parfois, il arrive que l'interlocuteur a présumé de ses forces, de ses capacités et alors deux hypothèses possibles : soit l'interlocuteur prévient qu'il ne pourra pas respecter son engagement, soit il persiste, laissant croire qu'une solution est en vue. Malheureusement, dans ce dernier cas, si la solution n'est pas trouvée, la perte de face peut être grande, sauf bien sûr lorsque aucun témoin de l'affaire n'est présent et si le bénéficiaire de la promesse convient que tout le possible a été fait et que, comme l'on dit en France quelquefois : " à l'impossible, nul n'est tenu" et l'affaire s'arrête là sans dommage pour aucune des parties. Ce que je retiens, c'est cette volonté première de vouloir aider, en second il y a également cette volonté de montrer que l'on est "fort", que l'on peut faire mieux que tout autre, que rien ne peut nous arrêter! Je finis par subir cette influence et il m'est arrivé assez fréquemment d'affirmer que je pouvais trouver solution à tel ou tel problème qui m'était posé en toute confiance. Je pus donc juger par moi-même des limites de cette attitude. Je pus également constater que ce type de comportement pouvait inciter à se dépasser, à puiser au fond de ses propres ressources quel qu'en soit le prix – ou presque – de manière à trouver la solution et ne pas perdre la face. Mes multiples facettes culturelles, façonnées au fur et à mesure de mes contacts divers à travers le monde avec des populations dont les coutumes culturelles, cultuelles, alimentaires, sociales et autres…m'ont sans doute conduit à reconnaître suffisamment tôt où se trouvait la limite pour ne pas perdre la face tout en reconnaissant que l'on avait atteint ses propres limites et donc que la solution proposée ne pouvait malheureusement pas être trouvée et qu'il fallait renoncer à espérer sans fin et sans espoir. Je considère avoir trouvé un assez bon compromis culturel en m'adaptant plus ou moins et en intégrant plus ou moins différents aspects des cultures que je suis amené à rencontrer en tentant de les rapprocher autant que faire se peut, sans pour autant les dénaturer. Rien, en définitive, ne vaut la connaissance des ses voisins, leur pratique sans arrière-pensées. C'est certainement le meilleur moyen, sinon le seul, de respecter les différences. |
| < Précédent | Suivant > |
|---|